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Mémorial aux Palmares

palmares

Traduction du premier chapitre de l’ouvrage d’Ivan Alves Filho, Memorial dos Palmares, compilant l’ensemble des recherches historiques sur la plus longue révolte d’esclaves qui n’ait jamais existé. Cette épopée sanglante marquera profondément le métissage propre à la construction identitaire du Brésil. Cette insurrection permettra en effet à la population noire, expatriée de force depuis l’Afrique, de prendre pied sur cette terre sauvage où elle parviendra à survivre malgré les fouets Portugais, les fusils Espagnols, les flèches Guaranis et les crocs acérés des jaguars.

Jérémy M.

Chapitre I

Dans cette région, à trente lieux du sertão*, existe une
terre abrupte, enclavée de montagnes surnommées les
Palmares, où généralement se retrouvent, fuyant leurs
travaux forcés, les esclaves de la capitainerie…
Tiré d’un document de 1612

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* Région éloignée du littoral, au nord est du Brésil, caractérisée par
des forêts sauvages aux dimensions incommensurables.

UNE TERRE ABRUPTE

Malgré plus de quatre cents ans d’Histoire, plongés en plein cœur des forêts d’Alagoas, la documentation faisant état de l’élaboration du Quilombo des Palmares ne fournit que peu d’indices permettant d’établir avec justesse la date de son avènement. Cependant, il est possible d’affirmer qu’il est serait apparu au dernier quart du XVIe siècle.

La majeure partie des textes, rédigés à cette époque, tant par les habitants du Pernambuco que par les visiteurs de la Capitainerie, se réfèrent à la question de l’esclavage sans jamais faire allusion à une quelconque révolte. Fernão de Cardim estima, en 1585, que le taux de mortalité des esclaves noirs était très élevé,1 tandis que José de Anchieta se limita à calculer leur nombre.2 Quelques années auparavant, un autre archiviste, Pero Magalhães de Gandavo,  n’hésita pas à affirmer que les esclaves, contrairement aux indiens, ne risquaient pas de se rebeller, “car ils n’avaient nulle part où aller”, en cas de fuite.3 D’autres observateurs firent volontairement l’impasse sur la rébellion, la considérant sans doute encore trop insignifiante pour mériter d’être évoquée. Le Capitaine de garnison Gabriel Soares de Souza4 fit quant à lui mention d’une révolte d’esclaves noirs à Bahia en 1585, sans mentionner pour autant les Palmares.

Un des article du Régiment de Francisco Geraldes,5  à l’attention des obligations et des affaires du nouveau Gouverneur Général, exigeait de lui la répression “des nègres renégats de Guinée et d’Angola” à Bahia, en 1588. Ici encore, aucune référence aux réfugiés des Palmares, toujours inconnus en Métropole.

Dans une lettre adressée au Roi du Portugal en 1694, le Gouverneur du Pernambuco affirmera que le Quilombo des Palmares existe depuis plus de cent ans;6 et, en 1687, Fernão Carrilho, commandant de multiples expéditions contre le Quilombo,

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1 CARDIM, Fernão. Traités de la terre et des gens du Brésil. Belo Horizonte: Ed. Itatiaia; São Paulo: Ed. da Universidade de São Paulo, 1980, p. 163.
2 ANCHIETA, José de. Cartes, informations, fragments historiques et serments. Rio: Édition Civilização Brasileira, 1933, p. 410.
3 GANDAVO, Pero de Magalhães. Traité de la terre du Brésil; Histoire de la Province de Santa Cruz. Belo Horizonte: Ed. Itatiaia; São Paulo: Ed. da Universidade de São Paulo, 1980, p. 43.
4 Consultar Gabriel Soares de SOUZA. Nouvelle du Brésil. São Paulo: Librairie Martins Edition, s/d, 2 v.
5 “Transfert de documents quemporta Francisco Geraldes etc.” in: Journal de l’Institut Historique et Géographique Brésilien (RIHGB), Tome LXVII, parte I, p. 230-236.
6 ENNES, Ernesto. Les guerres des Palmares. São Paulo: Companhia Editora Nacional
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évaluera lui aussi son existence à “près de cent ans”.7 Le Père Antônio Vieira, dans une lettre qui était restée jusqu’à aujourd’hui méconnue, n’hésitera pas à informer le Roi, que les palmarinos étaient les “esclaves nègres des portugais qui, à peine débarqués d’Angola, s’échappaient continuellement à travers bois”.8  Un autre document important pour appréhender le Quilombo, la Relation des guerres faites aux Palmares du Pernambuco, affirme catégoriquement que “dès l’instant où l’on entendit parler de nègres captifs dans ces capitaineries, il eut de fait des habitants aux Palmares”.9

Difficile d’y voir clair entre l’exagération des uns et les erreurs des autres, faussant l’authenticité des témoignages. Ce qui est sûr, c’est que le trafique négrier en direction de la Capitainerie du Pernambuco, s’est nettement accru vers la fin du XVI siècle. Cette intensification est perceptible par l’intrinsèque augmentation de la production sucrière. Certains faits notables viennent aussi corroborer cette affirmation. En 1549, Alvará Régio aurait octroyé 120 esclaves au service de chaque capitaine de garnison établis dans la colonie.10  Or, en 1570, à en croire le témoignage de Gandavo, on décomptait 23 capitaines de garnisons au Pernambuco, puis 66 en 1583.11  Cela révèle une augmentation, somme toute exceptionnelle, de 280% en 13 ans, entrainant de fait l’augmentation proportionnelle de la main d’œuvre. Quand on sait que chaque garnison employait environ 50 travailleurs esclaves, et que la production annuelle de l’un d’eux était équivalente à environ à 1200kg, nous pouvons estimer qu’ils passèrent d’un millier en 1570, à trois ou quatre milles dix ans plus tard. Un document de 1588 évoque 18 milles esclaves au Pernambuco. Mais ce chiffre se révèle tout à fait exagéré, considérant le fait qu’il n’y avait à cette

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1938, doc. 24, p. 196.
7 Ibid. doc. 12, p. 161.
8 “Sur les Tapuias que les Paulistas emprisonnèrent etc.” Lisboa, doc. de 1691, Biblioteca da Ajuda, Códice 54-XIII-16, fls.1 a 10. Document que nous attribuons à Antônio VIEIRA. Consulter l’article “Père Vieira et l’ordre colonial”, Ivan ALVES FILHO dans: Journal du Pays, 18 octobre 1984, document indiquant principallement vers quoi tendait la rébellion des indiens Janduís.
9 “Relation des guerres faites aux Palmares du Pernambuco à l’époque du Governeur D. Pedro de Almeida, de 1675 à 1678”. Document reproduit par Edison Carneiro. Le Quilombo des Palmares. São Paulo: Compagnie Éditoriale Nationale, 1958, p.201-222. La citation se trouve p. 202. Document publié initialement dans le RIHGB, tome XXII, 1859, p. 303-329.
10 TAUNAY, Afonso de E. Subventionné pour l’Histoire du trafique africain au Brésil colonial. Rio de Janeiro, Presse Nationale, Séparées des Anales du Troisième Congrès d’Histoire Nationale, 1941, v. III., esp. p. 532-535.
11 GANDAVO, Pero de Magalhães. Traité de la terre du Brésil, op. cit. p. 26; CARDIM, Fernão. Traité de la terre et des gens du Brésil, op. cit. p. 164.

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époque à peine 73 Capitaines de Garnisons.12  Il convient de préciser qu’au même instant, les esclaves travaillant dans les plantations, en soit nos ancêtres prolétaires, ne représentaient pas moins de 70% de la population noire déportée.13  Gabriel Soares de Souza calcula entre 4 milles et 5 milles esclaves demeurant au Pernambuco en 1585.14  La politique portugaise, abandonnant l’hypothétique création d’un État en Afrique, et préférant se focaliser sur son commerce d’esclaves en direction des Amériques, est tout à fait révélatrice.15 Entre 1575 et 1591, pas loin de 52 milles esclaves furent envoyés depuis l’Angola “en direction du Brésil et des Indes de Castille”, systématisant ainsi le trafique.16

Jusqu’à cette date, comme en témoignes les recherches réalisées par Stuart Schwartz, la plus part des garnisons comptaient sur les indiens esclavagés comme base de main d’œuvre.

Il semblerai que la première référence officielle à l’insurrection apparaîtrait dans cette lettre du 1 mai 1597 à l’attention du Père Pero Rodrigues, de la Compagnie de Jésus:

Les premiers de nos ennemis, ce sont les nègres de Guinée fugitifs, qui se cachent dans des montagnes depuis lesquelles ils lancent leurs assauts et nous donne un certain travail. Il viendra sans doute un temps où ils oseront attaquer et détruire les plantations, comme le font leurs semblables sur l’Île de Saint Tomé.17

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12 Voir Claude-Henri FRÈCHES. De I’indien et du Brésil à la fin du XVI-ème siècle. Paris: Archives de la Fondation Calouste Gulbenkian, 1978, esp. p. 120-121.
13 Consulter à ce propos, Fredéric MAURO, Le Portugal et l’Atlantique au XVII siècle (1570-1670). Paris: Sevpen, 1960, p. 179.
14 SOUSA, Gabriel Soares de, op. cit., v. , p. 110.
15 MATTOSO, Kátia M. de Queirós. Être esclave au Brésil. Paris: Hachette, 1979, p. 29.
16 ABREU BRITO. Enquête sur la vie administrative et économique de l’Angola et du Brésil. Coimbra: Journal de Université, 1931, p. 30-31.
17 “Copie d’une Lettre du Père Pero Rodrigues etc.” in: Anales de la Bibliothèque Nationale (ABN), Rio de Janeiro, 1898, v. XX, p. 255. Nonobstant, nous employons cette référence avec une certaine prudence, sachant que cette correspondance est envoyée depuis Bahia. Il existe en effet une possibilité qu’il évoque à cet endroit la rébellion d’une autre capitainerie. Ou serait-ce, pour pallier à une imprécision certaine, que le Père Pero Rodrigues, dès l’introduction de sa lettre, intimait le père João Alves de la Compagnie de Jésus, de mettre au clair la situation de l’État du Brésil en général et de ceux qui vivent dans « ces contrés », celles là même au sein de la Colonie. Il n’y a pas de référence à Bahia à proprement parler. D’un autre côté, il n’en demeure pas moins qu’il mentionne directement le fait que les esclaves se réfugiaient « dans des montagnes ». Ceci au contraire, semble bien indiquer les Palmares, pour la gouverne des études de la rébellion. Dans tous les cas, il faut préciser aussi que seulement cinq années séparent la lettre du Père Pero Rodrigues de la première expédition officielle dans les Palmares, en 1602. Ce cours laps de temps est encore une fois révélateur. Sans compter que cette expédition signifie que

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Il apparaît clairement qu’à la fin du XVI siècle, le Quilombo des Palmares, bien qu’à ses prémices, était déjà suffisamment grand et organisé pour menacer sérieusement les intérêts de la Cour et l’intégrité du commerce esclavagiste. Son organisation et sa grandeur demanderont cela dit un certain temps avant d’atteindre ses objectifs. Dans ces conditions nous pouvons supposer, que la révolte eut éclot entre la fin des années 1580 et le début des années 1590, au premier siècle même de l’occupation portugaise du Brésil.

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D’où s’échappèrent exactement les esclaves rebelles qui furent les fondateurs du tout premier Quilombo des Palmares? Plusieurs versions existent, mais en suivant les dires des auteurs contemporains aux faits, les premiers palmarinos se composèrent d’une quarantaine d’esclaves fuyant une garnison aux environs de Porto Calvo, le plus vieux village du sud de la Capitainerie. Même si ils ne s’accordent à aucun moment sur la date de cette toute première insurrection, la plus part de témoignages se rejoignent quant au nombre des premiers fuyards ainsi que l’endroit précis d’où ils s’échappèrent.

Avant tout, il convient de faire remarquer que les auteurs les plus récents s’étant penchés sur le sujet, tendent à penser que les palmarinos seraient en réalité originaires d’un autre quilombo, situé à Bahia ou au Sergipe.18  Considérant certains documents d’époque faisant allusion aux réfugiés des Palmares ainsi qu’à des révoltes

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le Quilombo était déjà présent depuis un certain temps. De plus, il est fort probable que les forces armées ne s’engagèrent à les débusquer qu’une fois que les milices des plantations ne furent misent en déroute à plusieurs reprise (ces milices, par ailleurs, comme l’a démontré Nelson Werneck Sodré, de formation militaire obligatoire). Le nouveau Gouverneur Général dut retarder d’un an son voyage pour Salvador, au nom du combat livré contre les palmarinos au Pernambuco. Ainsi, ou l’hypothétique Quilombo de la Capitainerie de Bahia fut démantelé entre 1597 et 1602 (et nous n’avons trouvé aucun document qui appui l’existence d’un Quilombo “dans des montagnes” de Bahia à cette époque) ou alors le Père Pero Rodrigues se référait bien ici aux Palmares. Même si nous acceptions la première hypothèse – celle d’un Quilombo démantelé, peut être pourrions nous même envisager que ses premiers habitants étaient originaires du Quilombo des Palmares, en Alagoas. Il est possible aussi d’argumenter en disant que les autorités administratives, ecclésiastiques ou d’autre nature à Bahia, étant sous la tutelle du Gouverneur Général tendaient à intéresser aux événement qui donneraient là une occasion d’étendre le territoire de la Capitainerie de Bahia. En comprenant cela, le simple fait qu’une lettre fut envoyée depuis Bahia ne signifie pas que ses propos ne puissent concerner seulement ce même territoire, siège du Gouvernement. Ce serait même plutôt l’inverse.
18 Voi à ce sujet Felisbelo FREIRE. Histoire du Sergipe. Petrópolis: Ed. Vozes/Sec. De l’Éducation et de la Culture de l’État du Sergipe, 1977, p. 92 et, surtout, Horácio de ALMEIDA. tória Histoire de Paraíba. João Pessoa: Ed. da UFPB, 1978, v. 1, p. 166.

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dans ces capitaineries, comme celles du fleuve Itapecuru par exemple,19 certains historiens déterminèrent en cet endroit l’origine du mouvement. Encore que cela ne soit jamais clairement indiqué au travers des documents disponibles, il est important de se rappeler que les esclaves cherchaient toujours refuge dans les hauteurs des montagnes et notamment là où ils pouvaient trouver des palmiers à profusion. Ce fut ainsi durant la révolte de Saint Tomé, lors de laquelle les esclaves se réfugièrent “dans les hauteurs d’un pic appelé Pico do Mocambo”.20 En Angola même, les partisans de la Reine Ginga cherchaient déjà à se cacher “dans de très hautes montagnes”, selon les dires du Père Cadornega.21  Ainsi, à Bahia, au Sergipe ou au Pernambuco, ça ne pouvait être bien différent.

Prenant le risque de l’intuition – ce que nous allons affirmer n’étant accompagné d’aucune preuve tangible et qu’il n’est pas demandé à un historien de tirer des conclusions sans qu’elles n’aient une origine matériellement sérieuse reliant l’ensemble du travail –  nous tenons pour acquis que le Quilombo des Palmares a pour origine une rébellion esclave sur le sol du Sergipe.

En 1590, des moulins servant à piler la cane à sucre étaient disséminés le long du fleuve São Fransico, le lit duquel faisant alors office de frontière avec les terres d’Alagoas. C’est dans ces garnisons du Sergipe, que les premières révoltes éclatèrent, à à peine cent kilomètres des forêts d’Alagoas où les esclaves iront trouver refuge. C’est là que les autorités coloniales feront la première donation de terre aux insurgés. C’est là aussi, comme nous le verrons plus loin, que l’on installera les Rochas, pour endiguer les incursions des indiens et des noirs venant d’Alagoas.

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19 Frei Vicente do SALVADOR. Histoire du Brésil. Belo Horizonte: Ed. Itatiaia; São Paulo: Édition de l’Université de São Paulo, 1982, p. 287-290.
20 Bibliothèque Nationale de Paris , Fonds Portugais, n. 8, 1586, Relation de l’Angola, fl.278v.
21 CADORNEGA, Antônio de Oliveira. Histoire Générale des Guerres Angolaises. Lisbonne:
Agence Générale des Colonies, 1940, v. 1, p. 151. La première édition de cet ouvrage datant de 1640.

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Infiniment moins peuplé et assurément moins connu, ce territoire compliquait grandement la tache d’une opération de recherche militaire. Par ailleurs, les documents révèlent que le premier Quilombo des Palmares, loin d’occuper encore à son aise la forêt tropicale d’Alagoas et les escarpements de la “mer vallonnée”(?) au sud du Pernambuco, ne possédait à cette époque qu’une infime population recluse très loin de la frontière avec le Sergipe.

En plus de cela, les données indiquent que ces garnisons affairées à la production de canne à sucre, unité de production employant la majeure partie des travailleurs esclaves, – et d’où s’échappaient nos futurs palmarinos – n’avaient encore qu’à peine investi l’autre côté du fleuve. En réalité, à la fin du XVIe siècle, il n’y avait qu’une seule garnison en Alagoas qui pressait la canne à sucre, et elle était établie à Porto Calvo. C’est là qu’une première lettre de donation sera rédigée par Cristóvão Lins en 1608 à l’attention de son neveu, Rodrigo de Barros Pimentel. “Le haut maire et décisionnaire général de la répartition des terres” de Porto Calvo, justifiera cette décision en se référant à ce neveu chanceux comme “étant l’un des premiers à s’être installé à Porto Calvo, compagnon de toujours, doté d’expérience avec le bétail sur ces terres”. Il semblerait bien que ces qualités suffisaient alors pour occuper “une terre (…) avec son lot de forêts et pâturages” en Alagoas.

L’élevage était sans conteste l’activité maîtresse en ces contrées reculées. Il était de surcroit tout à fait rentable, n’utilisant qu’une main d’œuvre réduite. Cela avait pour avantage une économie logistique indéniable là où il était privilégié.22

Les premiers palmarinos installèrent leur quilombo dans le massif oriental du mont da Barriga, appelé communément déjà Palmares, en référence à la profusion de palmiers que l’on pouvait y trouver.

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(?) Cette expression, “mar de morros” dans le texte, revient au géographe Ivan Fernandes de Lima, “morro” faisant référence à ces monts caractéristiques du relief brésilien, à mi chemin entre la colline et la basse montagne.
22 À ce sujet, voir Mário Marroquim. La langue du Nord-Est, São Paulo, CEN, 1934, esp. p. 18; Ivan Fernandes de Lima. Occupation spatiale de l’état de l’Alagoas, Maceió, s/d, mimeo (matériel mis à disposition par le journaliste «alagoano» Maurício de Mello). Grand connaisseur de la dimension historiographique d’Alagoas, le prof. Ivan Fernandes de Lima nous a communiqué, depuis sa résidence, à Maceió, en 1988, qu’il préparait un ouvrage sur le Quilombo, intitulé, pour le moins provisoirement,
Palmares – une géographie de la libération. Nous ne savons pas si il a dors et déjà publié son travail.
De retour à la question de l’élevage en Alagoas, Antony Knivet , dans son classique Richesse variées et étranges récoltes (São Paulo: Brasiliense, 1947, esp. p. 110-115) détaille l’importance de l’activité pastorale à l’extrême sud du Pernambuco.

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Cette forêt de palmiers pindoba, Palma Attalea Pindoba, s’étendait depuis la partie supérieure du fleuve São Francisco jusqu’à la ville de Cabo Santo Agostinho, à 120 kilomètres de l’océan. Le climat de cet endroit étant essentiellement froid, il y avait régulièrement de violents orages.23  Ajoutez à cela des saisons de sécheresse aux chaleurs étouffantes. Un document décrira les Palmares comme:

(…) une terrain naturellement escarpé, montagneux et sauvage, parsemé de toute une variété d’arbres tantôt connus et inconnus, d’épaisses et confuses broussailles, en de nombreux endroits impénétrables à la moindre lumière; florilège d’épines et de plantes rampantes parfois vénéneuses, empêchant la progression entre ses racines sinueuses.24

Ainsi s’agissait-il d’une imposante forêt vierge. Refuge en tout point idéal, forteresse défendue par la forêt et les montagnes. La chasse, la pêche, les fruits, les plantes et les racines, garantissaient la survie du groupe rebelle, qui déjà commençait à lancer ses premières attaques contre les garnisons alentours, en quête d’armes et d’instruments de travail. C’est dans ce “nid d’aiguille”, pour reprendre l’expression du poète Castro Alves, qu’était niché, tel un aimant, l’unique espoir de liberté pour tous les esclaves malmenés au sein des plantations. Ce que craignait par dessus tout la classe dominante coloniale venait de se produire: les esclaves, comme l’observera un jésuite, “brisèrent les chaînes de la peur”.25

23 Sur l’Histoire et la Géographie d’Alagoas, consulter notamment: Jayme de ALTAVILLA. Histoire de la Civilisation d’Alagoas. Maceió, MEC, 1962; Sebastião de Vasconcellos Galvão. Dictionnaire Chorographique, Historique et Statistique du Pernambuco. Rio de Janeiro: Presse Nationale, 1910, 3 v.; J. B. Fernandes Gama. Mémoires historiques de la Province du Pernambuco. Recife: Archive Publique Étatique, 1977, 2 vols.; Craveiro Costa. Histoire d’Alagoas. São Paulo: Companhia Melhoramentos s/d; Cícero Péricles. Formation historique d’Alagoas. Maceió: Grafitex, s/d e Alfredo A. Pinto. Dictionnaire géographique du Brasil. Rio de Janeiro: Presse Nationale, 1894.
24 Relation des guerres faites aux Palmares etc., doc. cit., p. 202.
25 COUTO, Domingos Loreto do, op. cit., p. 188. Au vue des terres des Palmares, nous remarquons au passage que l’équipe de chercheurs qui s’est rendue pour la première fois au mont da Barriga pour réaliser un travail de fouille archéologique constata, symptomatiquement, n’avoir trouver en aucun des dix sites (en 1996, ils étaient déjà passés au nombre de 14) ouvert dans les parages de l’antique capitale du Quilombo, Macaco, le moindre objet de “céramique” peinte, tipique des site pré-historique du Nord-Est”. Voir Charles E. Orser Jr. etbPedro Paulo Funari, Recherches archéologiques préalables aux Palmares, 1993, p. 24, mimeo. Document transmis à l’auteur par l’historien Flávio Gomes.

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C’est au début du XVIIe siècle que la Cour amorcera la répression des palmarinos, utilisant dans un premier temps les milices aux ordres des capitaines de garnisons. L’arrivée de Diogo Botelho à la capitainerie permi l’organisation des troupes régulières en vue d’une première expédition de reconnaissance aux Palmares. En vérité, ce fut la première fois qu’un Gouverneur Général débarquait au Pernambuco. Botelho fut officiellement envoyé à la capitainerie pour organiser l’appareil d’État sur place de 1602 à 1603.

La défense contre les palmarinos et la traque des rebelles était en fait l’objectif majeur de cette réorganisation. Et c’est “dans le sertão des Palmares que résidait les nègres renégats”.26  C’est ainsi que cette même année de 1902, Botelho lança une expédition commandé par un officier portugais, Bartolomeu Bezerra. Le gros des troupes était composé de militaires, de capitaines de garnisons et, si l’on en croit un témoignage, “de gens de peu d’importance”.27   Quelques mois plus tard, l’expédition était de retour à Olinda. Confiant en la réussite de l’opération, Botelho affirmera s’être “débarrassé pour l’heure de l’insolence des insoumis”28 et déclarera que les officier qui participèrent à l’expédition “le fire à leur dépent”. Tout laisse à penser que de nombreux palmarinos furent capturés et forcés à servir le noble seigneur de cavalerie, João da Fonseca.29 Le Roi du Portugal félicita chaleureusement Botelho pour le juste châtiment infligé aux palmarinos.30

De nombreux signes laissent à penser que Diogo Botelho aurait en réalité dirigé bien plus d’une seule expédition au Palmares. Certains documents se réfèrent à “plusieurs incursions dans le sertão” commandées par ses soins et visant à contenir ces “nègres de
Guinée révoltés (…) pouvant mettre en danger les Capitaineries”.31
Un document tout à fait explicite, indique que les palmarinos agissaient à leur aise en Sergipe, “lançant leurs assauts contre les fermes”, forçant Botelho à “détruire quatre ou cinq villages très grands”.32  Il est intéressant d’observer ici comment les documents

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26 Correspondance de Diogo BOTELHO in: RIHGB, tomo LXXIII, parte I, p. 37.
27 Ibid., p. 121.
28 Ibid., p. 37.
29 Ibid., p. 195.
30 FREITAS, Décio. Palmares, la guerre des esclaves. Porto Alegre: Edition Movimento, 1973, p. 38-39; Bibliothèque da Ajuda – 51-V-48, 19 de mars de 1605, fl.9.
31 Correspondance de Diogo BOTELHO, doc. cit., p. 218.
32 Ibid., p. 192. Diogo de Botelho rédigea des mémoires sur sa gouvernance, qui furent malheureusement perdues lors d’un tremblement de terre à Lisbonne, au XVIIIe siècle. Ce texte aurait constitué une mine d’informations sur les débuts des Palmares.

33  Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

révélaient déjà un certain mouvement des palmarinos entre l’actuel Alagoas et le Sergipe.

Apparemment, les attaques organisées à l’encontre des palmarinos lors de l’expédition du commandant Bezzerra (mais aussi probablement lors des autres missions de moindre envergure) ne donnèrent que bien peu de résultats. Les exactions des renégats continuèrent. Diogo de Menezes, se substituant à Botelho au poste de Gouverneur Général, suggéra alors au Roi, en 1608, d’utiliser des “indiens libres” à la place des esclaves noirs “au service des garnisons, des campagnes et de leurs récoltes”. Pout Menezes, il n’était pas “nécessaire que l’État face appel à autant de nègre de Guinée”, sachant que les garnisons se devaient de fonctionner déjà avec “moitié moins (des esclaves) qui fuyaient et se cachaient dans les forêts, entrainant de nombreux autres à les suivire, construisant des villages, se rebellant, personne ne pouvant plus rien faire d’eux”. Il insistera sur le fait que c’était de l’intérêt de “Sa Majestée (…) de prendre acte de cette question”. Il avancera même, en termes prophétiques; “ils peuvent se développer de telle sorte que cela sera une tâche très difficile de s’en débarrasser”.33

Cependant, la proposition de Diogo de Menezes était inconcevable: le trafique négrier depuis l’Afrique jusqu’au Brésil était le véritable moteur économique du Portugal et de sa colonie. Avançons par étapes. Si l’unique intérêt était de planter de la canne à sucre, le sol africain s’y prêtait tout aussi bien que le Brésil. Les premières tentatives de plantations furent effectuées au XV siècle sur l’Île da Madeira, une île géologiquement proche de l’Afrique. De plus, une région comme l’Angola, déjà acquise au Portugal, avait l’avantage de la proximité et un marché florissant. Par dessus tout, la main d’œuvre se trouvait déjà sur place en quantité. L’objectif se trouvait donc bien dans le commerce des noirs, dont les profits colossaux, générés par la vente d’esclaves aux colonies d’Amérique du Sud, constituaient l’essentiel des intérêts entre la Métropole, l’Afrique et le Brésil. Les courts de marché – à commencer par celui du sucre – dépendaient intégralement du commerce d’eclaves africains.

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33 Correspondance du Governeur D. Diogo de MENEZES (1608-1612). Rio de Janeiro:
ABN, 1939, v. LVII, p. 39.

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Quoi qu’il en soit, deux ans plus tard, Menezes essayait à nouveau la solution indigène comme main d’oeuvre au sein des garnisons.34  Comme le fit remarquer l’évêque Rui Teixeira, cette même année de 1610, “les indiens accompagnaient les blancs pour combattre (…) les nègres de Guinée (qui) s’étaient rebellés”.35

Les attaques des palmarinos contre les propriétés coloniales étaient systématiques. En ces temps difficiles, la Cour n’oubliait pas ceux qui affrontaient les renégats et elle savait se montrer reconnaissante. Ainsi, lorsque les héritiers de Sebastião da Rocha entrèrent en désaccord avec les “moines de São Bento” au sujet de certaines terres d’Alagoas, ils imposèrent leur légitimité, ayant été sur place dès 1596, constituant ainsi “les premiers habitants a s’installer sur le fleuve São Fransisco”. Jusqu’en 1612, ils

(…) sécurisaient les sentiers d’attaques et de vol qu’empruntaient les païens rebelles et les esclaves de Guinée (…) et offraient refuges et protection aux convois qui devaient traverser ces zones dangereuses.36

Il est reconnu que, par la suite, la Cour enverra un haut fonctionnaire, Diogo Moreno de Campos, pour faire une étude approfondie de la situation économique et militaire de la Colonie. Diogo de Campos fut aussi chargé de préparer un rapport aussi complet que possible sur les principaux incidents aux colonies, qu’il ne manquera pas de localiser sur de nombreuses cartes topographiques accompagnant son compte rendu. Aucune de ces précieuses cartes ne fait pourtant mention à la région du Quilombo des Palmares, qui sut encore une fois rester secret. Toutefois, Moreno de Campos mentionnera les “montagnes surnommées Palmares” où les esclaves rebelles forçaient “les blancs armés à venir les débusquer”. Il ajoutera même, que cela se révélait vain, considérant le fait qu’une fois capturés et restitués à leurs propriétaires, les palmarinos “s’en retournaient au même endroit”. Les attaques des insurgés provoquaient une grande quantité de “désordres et de plaintes”, contribuant par là même à renforcer “la renommée des Palmares”. Il conclura ses observations en proposant une porte de sortie à ce conflit; l’occupation de ces terres depuis

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34 Ibid., p. 69.
35 ANTT Cartório Jesuítico, mars 88, 29-9-1610, fls. 313v.
36 “Antiquités de Penedo” dans: Revue de l’Institut Historique e Géographique d’Alagoas
(RIHGA), Maceió, 1872, n. 1, p. 28-29.
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lesquelles agissaient les palmarinos, car “annexer ces parties du sertão, permettrait concrètement de mettre fin à leurs menaces”.37

Moreno de Campos fit une nouvelle fois référence aux indiens, “qui aime à aller de part la forêt, où ils établissent, comme on le sait, d’abominables cabanes et de funestes rites, se mélangeant aux nègres de Guinée qui se sont échappés”. Ceci rendait impossible “la traversée sécurisée de part et d’autre du sertão (…) catalysant les indigènes à l’intérieur des terres”.38 Il souligna ainsi les rapports établis entre noirs et indiens dans les quilombos éparpillés à travers l’imensité du sertão (que ce soit au Pernambuco, à Bahia ou au Sergipe).39 Cette union incongrue préoccupait sérieusement le souverain espagnol Felipe III, qui, dès 1613, demandera à être informé de “tout ce qui sera fait” pour combattre les indiens et les nègres qui, en plus d’être insurgés, vivaient en “idolâtre”.40

Ainsi, Felipe III aura sans aucun doute connaissance du rapport de Diogo de Campos, lorsqu’il fera allusion à plusieurs reprise, à ces indiens qui aidaient à construire des “mocambos(?) pour les nègres réfugiés dans des lieux qu’ils considéraient comme Saints”.41 Ce n’est pas la première fois que les documents d’époque associent les mocambos à des manifestations ou même des fêtes à caractère religieux. Le poète Gregório de Matos écrira au sujet de Bahia:

Autant de quilombos semés
où tous ces maitres vénérés
enseignent dès la nuit tombée
de tristes sortilèges!
Avec passion là se retournent
des femmes dévotes par milliers
et des barbares tous assoiffés
de s’enliser au piège.

En plus de vouloir confondre en ridicule ceux qui partiraient aux quilombos en quête d’“aventures” (le poète persuadé alors qu’ils

____________________________
(?) Cabanes rudimentaires, construites en terrain accidenté, dont l’ensemble constituait de sorte les premières favelas du Brésil.
37 Origine de l’État de Brésil. 1612. Rio de Janeiro: Institut Historique e Géographique Brésilien (IHGB) (originellement Lata 490, Pasta 3), p. 190-191.
38 Ibid., p. 113.
39 Ibid., p. 154-155.
40 Ibid., p. 154-155.
41 Ibid., p. 110.
36 Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

ne tenaient pas en “horreur le pêché”, mais craignaient au contraire de “ne pas l’atteindre”), Gregório de Matos continuera:

Ce qui est sûr
c’est que dans ces danses
Satan avance masqué (…)
Aucune femme malvenue
pour tous ces mâles aimés
au quilombo tenues
de toujours danser.

Bien que présente chez les quilombolas,(?) il est difficile de soutenir que la dimension religieuse figure parmi leurs caractéristiques notoires. Rien ne permets d’affirmer que les Palmares auraient revêtus un certain attrait messianique.43 Cette union sacrée parmi les déserteurs s’est sans doute retrouvée sur le plan linguistique. Ainsi, de nombreuses études admettent que le vocabulaire quilombola serait en fait un terme hybride, résultant d’un mélange de tupi canhambora avec le quimbundo quilombo.44
Il n’en reste pas moins que le Quilombo des Palmares se développait toujours d’avantage, défiant la domination coloniale sur ces terres sauvages et de façon plus générale, l’ordre esclavagiste lui même. Les documents propres à cette phase précédant l’occupation, contiennent d’autres références significatives au sujet des Palmares. Il est ainsi vérifiable que des indiens “amis” des portugais se devaient de combattre les palmarinos et ce avant même 1614.45 Ceci se confirmera lorsqu’un groupe d’indiens revendiquera devant la

______________________________________
(?) Les quilombolas ne sont autres que les habitants des quilombos.
42 Consulter à ce sujet o v. IV (Satire) des Œuvres de Gregório de Mattos, Rio de Janeiro, 1929.
43 Vérifier ALVES FILHO, Ivan. Le Quilombo des Palmares comme résistance et synthèse culturelle dans: Esclavage et transformations culturelles, coord. de Isabel Castro Henriques, Lisbonne: Vulgata, Comité Portugais de l’Unesco, 2003; METCAL, Alida, Milenarian Slaves. The Santidade of Jaguaripe and Slave Resistance dans: the Americas in: American Historical Review, dez. 1999, p. 1531-1539. Il est vrai que certaines études enregistrèrent le terme Nganga – comme ayant donné origine à Ganga-Zumba, par exemple – comme étant traduisible par prêtre en diverses contrées africaines. Pourtant – et nous insistons – rien de permet d’affirmer que les Palmares revêtait un quelconque caractère mystique.
44 Consulter à ce propos Jacques Raimundo. L’élément afro-nègre dans la langue portugaise. Rio de Janeiro: Record, 1936; João RIBEIRO. La langue nationale. Rio de Janeiro: Compagnie Editoriale Nationale, 1933, esp. p. 141-147; Bernardino José de SOUZA. Dictionnaire de la terre et des gens du Brésil. São Paulo: Compagnie Éditoriale Nationale, 1939, esp. p. 335 et, pour un point de vue contraire à celui des trois auteurs cités, voir Antônio Joaquim de MACEDO SOARES. Études
lexicographiques du dialecte brésilien. Rio de Janeiro: IHGB, 1948, esp. p. 48.
Le tupi est la langue des indiens au Brésil. Tout indique que se fut le père Anchieta, dans son célèbre Art de la grammaire linguistique reconnue sur les Côtes Brésiliennes, le premier à mentionner le mot canhambora, en 1595.
45 Cité par J.F. de Almeida PRADO dans: Le Pernambuco et ses Capitaineries du Nord du Brésil

37 Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

Cour en 1700, une portion de terre dans la région des Palmares, affirmant y avoir été présents depuis 1614.46 C’est à cette époque qu’un historien constatera que “les nègres de Guinée, esclaves des portugais (…), se rebellent tous les jours à leur encontre”47

Il a également été reconnu que d’autres autorités coloniales se démenaient pour mettre la main sur les palmarinos. Nous pouvons lire ainsi dans un important document faisant le détail de la situation économique dans la capitainerie du Pernambuco que “les nègres fugitifs qui étaient capturés” aux Palmares devaient servir en tant que “rameurs” sur des galères utilisées non loin pour la construction d’un fort.48

Passée cette première phase, les palmarinos avaient déjà obtenu le principal: le droit à la survie. Bien plus, ils étaient parvenus à s’installer en communauté.
***

Obligé à ses débuts de vivre de chasse, de pêche et de ressources non manufacturés, le Quilombo, isolé au plus profond de la forêt vierge, devait bientôt diversifier et développer sa production avec l’augmentation de sa population. La fertilité de la terre, contribua aussi en ce sens. Son accroissement démographique coincide nettement avec l’occupation holandaise des années 1630, durant laquelle de nombreux capitaines portugais furent contraints d’abandonner leurs garnisons.

L’agriculture constitua dès cette instant l’essentiel de l’activité; les palmarinos plantaient intensivement le maïs – denrée essentielle de leur allimentation, avec ses deux récoltes annuelle – le manioc, l’haricot noir, la patate douce, la cane à sucre, la banane et quelques autres légumes. Nous constatons ainsi, que des quatres aliments de base de l’Humanité, – riz, blé, maïs et cane à sucre, ne répertoriant entre eux pas plus de cinq ou six variétés différentes – les palmarinos en produisaient au moins d’eux. Ceci sans compter sur le fait que le manioc – plante qui se substituait au blé à merveille – se prêtait là aussi à une agriculture extensible. Dès les premiers temps de la conquête, les portugais mirent à profit les qualités du manioc, sa farine permettant de pétrir “le pain de terre”, tel que le relèveront les historiens d’époque.

_______________________
sil. São Paulo: Compagnie Éditoriale Nationale, 1941, v. II, p. 437-438.
46 ENNES, Ernesto, op. cit., p. 429.
47 Frei Vicente do SALVADOR. Histoire du Brésil, op. cit. p. 285 et suite.
48 “Registre du Journal Général de cet État” dans: ABN, Rio de Janeiro, v. 27, 1905, p. 351-376.
38 Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

Les document démontrent que les palmarinos pratiquaient le brûlis, quelques semaines avant les semences, ce qui dénote une agriculture de type itinérante. Après les récoltes, il y avait une semaine de festivités. Nous trouvons aussi mention de la culture de la marihuana appelée alors liamba. L’outillage restait rudimentaire; râteaux, pelles, faux… La réussite spectaculaire de leurs cultures repose essentiellement sur le travail acharné des plamarinos, dont la force physique n’avait pas d’égal. Malgré leurs nombreuses plantations de cane à sucre, nous ne trouvons aucune références vérifiant l’existence d’un moulin dont ils auraient pu faire usage aux Palmares. Il est possible qu’à l’avenir, les fouilles archéologiques nous en apprennent d’avantage à ce sujet. En tout cas, il est possible d’affirmer qu’une partie de la production agricole était stockée pour faire face à l’adversité permanente et aux conditions climatiques. Certaines informations maintiennent qu’à la fin des années 30 et le début des années 40 du XVIIe siècle, pas loin de cinq mille palmarinos résidaient dans les quilombos. Les récoltes grandissantes avaient le vent en poupe, si bien que des documents devront confesser l’apparition d’échanges commerciaux entre les renégats et les hameaux des portugais. C’est ainsi, comme nous le verrons plus loin, que les habitants d’Ipojuca, Serinhaém, Una, São Miguel et Porto Calvo, commencèrent à offrir aux palmarinos des armes, de la poudre, des balles et du tissu, ceci créant tant d’avantages pour les deux parties que cela n’aura de cesse qu’avec la fin de la guerre.49 Les palmarinos savaient profiter de la moindre brèche. Ce ne sera qu’au derniers temps du Quilombo, alors que ses force militaires et productives s’amoindriront, que les palmarinos s’en retourneront à une production strictement auto-suffisante.

La propriété collective de la terre a semble-t-il été ce qui s’adaptait le mieux à la situation des quilombos, condamnés à devoir se déplacer en permanence et confrontés à des glissements de terrain

_______________________________
49 Consulter à ce sujet George MACGRAVE. Histoire Naturelle do Brasil. São Paulo: Édition du Musée Paulista, 1942; Domingos Loreto do COUTO. Amélioration du Brésil et Gloires du Pernambuco. Rio de Janeiro: ABN, v. XXIV e XXV; Francisco de BRITO FREIRE, Nova Lusitânia, Lisboa, 1675.
Sur cette question spécifique des plantes et graminées, vérifier: A.L. GUYOT. Origines des plantes cultivées. Paris: PUF, 1949; Charles HELSEN JR. Semence de notre civilisation – L’histoire de l’alimentation humaine. São Paulo: Compagnie Éditoriale Nationale; Edition de Université de São Paulo, 1997; et Keith THOMAS. L’homme et son milieu naturel. São Paulo: Compagnie des Lettres, 1989. Les publications françaises L´Homme et La Pensée contiennent de nombreux articles intéressants à ce sujet, dont l’étude et tout à fait indispensable.

39
Une terre abrupte

répétés. La tradition et l’inconscient collectif ont joués ici un rôle essentiel: parcourant les plaines d’Afrique noire pré-coloniale, la propriété individuelle de la terre y était encore tout à fait inexistante. Seuls l’espace collectif leur était intéligible. Aux Palmares, les plantations se situaient aux abords même des quilombos et les laboureurs travaillaient tôt le matin jusqu’à tard le soir. Généralement, deux ou trois hommes armés étaient affectés à monter la garde au village, afin de se prévenir d’éventuels prédateurs et animaux sauvages. Comme les portugais le découvriront bientôt, les travailleurs étaient quant à eux à même de défendre leurs champs.

Cependant, Duvitiliano Ramos montrera bien à travers ses écrits, qu’aux Palmares, les ouvriers pouvaient voir occasionellement leurs efforts récompensés par certains droits d’usage à caractère individuel sur leurs parcelles, appelés alors les “roçados”. La terre appartenait quand à elle aux quilombos, organisés en villages fédérés, obéissants tous au Ganga-Zumba de la Cerca Real do Macaco.(?) C’était donc un patrimoine collectif avant tout, même si les terres du Grand Chef étaient cultivée à part, en situation d’indiscutable privilège. La description d’un document propre à l’occupation hollandaise ne manquera pas de relever “les champs très florissants”50 du chef des palmarinos. Mais une chose est sûre, “tous participaient, et travaillaient” sans relâche.51

L’augmentation de la population provoquera aussi l’apparition de la métallurgie. Le fer existait en abondance à certains endroit du territoire des Palmares. Des bruits d’explosions et d’éboulements en provenance de la forêt pouvaient être entendus depuis certains sentiers, comme le fait remarquer Manuer Aires de Casal, dans sa Chorographie Brésilienne.52  L’utilisation du fer, dès le début des années 1630, contribura à diviser la communauté sociale entre paysans, artisans, guerriers et fonctionnaires. Les artisans  exerçaient probablement déjà leur travail dans les villes coloniales ou dans les petites garnisons que l’isolement conduisaient à devenir auto-suffisantes. En plus de la fabrication de serpes, de marteaux et de machettes, des potiers et des sculpteurs sur bois firent leur apparition, créant toute sorte de travaux décoratifs et utilitaires. Des ustensiles ménagers commencèrent à être réalisés en quantité.

__________________________________
(?) Ganga-Zumba était le Grand Chef demeurant à Macaco, le quilombo central.
50 Consulter João Blaer, “Journal de voyage du capitaine João Blaer” etc. dans: Edison Carneiro, Le quilombo des Palmares, op. cit., p. 257.
51 RAMOS, Duvitiliano. “A posse útil da terra entre os quilombolas” in: Le noir révolté,
coord. de Abdias do Nascimento, Rio de Janeiro: Compania Editora Nacional,
1968, p. 98.
52 AIRES DO CASAL, M. Corografia Brasílica. São Paulo, Belo Horizonte: USP/Librairie
Itatiaia Edition, 1976, p. 255.
40 Mémorial dos Palmares
Une terre abrupte

La sensibilité artistique des palmarinos se retrouve assurément au travers de leurs danses et de leurs chants sacrés. Bien qu’aucun document ne mentionne la capoeira, les origines angolaises de cette lutte singulière, donne à penser qu’elle était elle aussi pratiquée aux Quilombos, de forme rituelle ou ludique.53

La palme pindoba est le fruit qui concentrait l’essentiel de l’activité des villages. Sa pulpe, mélangée avec la farine de manioc était un aliment prisé, et l’huile qui en était extraite leur servait pour s’éclairer la nuit. L’amande était utilisée pour fabriquer l’huile de cuisine, ainsi qu’un beurre de couleur clair. Utilisant un procédé africain54, ils distillaient à partir de la palme une sorte de vin; avec la peau du fruit, ils faisaient des pipes; avec les feuilles, ils couvraient le toit des maisons et tissaient corbeilles, bandeaux, éventails et cordes.55 Certaines études indiquent qu’en certains endroit d’Afrique Noire, on brulait le bois des palmier et utilisait sa cendre comme sel.56 Comme le fera aussi remarquer le naturaliste Guilherme Piso, qui étudia la palme pindoba; “il prolifère dans cet arbre un polypode, chargé d’eau, qui fournit au voyageur de l’eau potable”.57 Il est intéressant de remarquer que cette espèce de palmier, propre à la région des Palmares, était aussi appelée ouricuri par les indiens, ce qui signifie quelque chose comme “arbre qui toujours fructifie”. Les quilombolas doivent beaucoup de leur survie à ce palmier bon à tout faire, tandis qu’ils déplaçaient en permanence leurs habitats, menacés par les glissements de terrain. C’était un facteur clé quant au choix du lieux où ils s’installaient.

L’activité agricole des palmarinos comptait aussi beaucoup sur les semis d’arbres fruitiers, la production de miel, la chasse et la pêche. Un historien observera l’absence de bétail, malgré l’existence d’espace ayant pu servir de pâturage dans l’ouest du territoire. En certaines occasions, ils laissèrent les éleveurs colons utiliser leurs
terres, mais eux même ne s’investir jamais en ce sens.

___________________________
53 Consulter Renato de ALMEIDA. “Le jeu de la capoeira” dans: Revue de l’Archive Municipal de São Paulo, 1940, v. LXXXIV, p. 157-162. Nous savons, sources à l’appui, que la capoeira étaient bien pratiquée dans d’autres quilombos.
54 Consulter à ce propos André THÉVET Singularités de la France Antartique. São Paulo: Compagnie d’Édition Nationale, 1944, p. 99.
55 Voir João BLAER. “Journal de voyage du capitaine João Blaer” etc. dans: Edison Cameiro, Le quilombo des Palmares, op. cit., p. 251-260.
56 Vérifier, par exemple, Luís da Câmara CASCUDO. Histoire de l’alimentation au Brésil, São Paulo: Compagnie d’Édition Nationale, 1967, v. 1, p. 80.
57 Voir Guilherme PISO. Histoire naturelle et médicinale du Brésil. Rio de Janeiro, Ministère de l’Éducation et de la Culture; Institut National do Livre, 1957. La première édition de cette œuvre aux dimensions monumentales date de 1658. La citation est tirée de la page 292.

41
Une terre abrupte

Dans ce contexte est apparu un ensemble d’institutions, de valeurs, de normes et de règles comportementales. Toutes sortes d’indications révèlent que la politique de la communauté était loin d’être laxiste: étaient punis de mort la désertion, le vol, le viol, le meurtre, l’adultère et la trahison, montrant bien là les signes d’un peuple en proie à un état de guerre continue.

La cohésion intégrale au sein du groupe était clairement revendiquée; preuve en est, l’institution d’un conseil d’assemblée dans chacun des Quilombos, mais aussi l’élection d’un chef, choisi au regard de “son droit jugement, de ses grandes valeurs et de son expérience”.58

Il y avait aux Palmares un corps de prêtre dont l’enseignement tirait sa source en ses origines africaines mais aussi en un catholicisme dors et déjà assimilé et/ou affirmé au contact des jésuites et des colons. Dans certains quilombos (dans ce livre, l’auteur utilise le mot avec sa majuscule lorsqu’il se réfère aux Palmares et sans cette dernière pour parler des villages de façon générale) de petites chapelles, dans lesquelles des autels à l’effigie du Petit Jésus et de Notre Dame de la Conception ont été retrouvés.

Les prêtres n’avaient cependant qu’un rôle secondaire dans l’organisation social du Quilombo et, comme nous l’avons déjà observé, à aucun moment n’a été enregistré une institution collective de nature religieuse. Le syncrétisme laisse pourtant transparaitre une certaine acculturation en marche parmi les esclaves des capitaineries, sans que ceci n’entraine encore de métissage culturelle.

Comme le montrera l’anthropologue Luiz Mott, “au Brésil, sauf erreur, la plus ancienne référence au syncrétisme afro-chrétien est apparue au Quilombo des Palmares”.59

________________________________________
58 COUTO, Domingos Loreto do, op.cit., p. 189.
59 Citado de Luiz MOTT. Esclavage, homosexualité et démonologie. São Paulo: Icône, 1988, p. 111.
Sans disposer d’aucune preuve documentée, cet auteur a suggéré l’hypothèse que le Grand Chef palmarino, Zumbi, aurait été un homosexuel. Pourtant, nous pouvons affirmer que la documentation officielle coloniale fait référence à de nombreuses reprises à l’existence d’une femme dans la vie de Zumbi, avec laquelle il sut avoir des enfants.

42 Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

Le même constat peut être fait sur l’usage courant de la langue portugaise; ce choix préférentiel caractérise en effet une volonté d’unifier une population culturellement hétérogène. Même ainsi, nous nous devons de relativiser. Suivant la thèse d’Edison Carneiro, ce n’est pas du tout impossible que les palmarinos aient “à certains moment de la guerre (…) utilisés entre eux le mbundo d’Angola et du Congo”.60  Mais fondamentalement, la circonstance de classe et l’origine sociale commune, sans compter sur les valeurs traditionnelles et la réalité ethnique partagées, ont rendu possible cette solidarité à toute épreuve, et ce jusqu’à la fin de la guerre.

On ne sait dire grand chose sur la place de la femme aux Palmares. Elles étaient indéniablement peu nombreuses au commencement de la colonisation, ce qui entraina maintes séquestrations à leur encontre, qu’elles soient esclaves ou libres, en garnison ou aux Quilombos. Les documents ne mentionnent pas en quelle mesure elles participaient à l’activité et au travail des champs, pas plus qu’à l’artisanat et à la fabrication de pots ou de paniers. Il est probable cela dit, que l’on ne se passait pas de cette main d’œuvre féminine pour assister les efforts colossaux des travailleurs. Il est de surcroît notoire que les femmes dans la société traditionnelle d’Afrique Noire jouaient un rôle conséquent dans le circuit de production.61

Dans les garnisons coloniales brésiliennes, comme le décrira le jésuite italien André João Antonil, les femmes étaient peu nombreuses, mais elles participaient sans conteste à la coupe de la cane à sucre.62 On trouve des références de l’exclusion des femmes aux combats, ce qui nous laisse à penser qu’elles ne participaient pas aux activités guerrières; en tout cas, elles avaient à coup sûr une place au sein des discussions politiques. L’une d’elles, Acotirene, ira même jusqu’à diriger un quilombo.

Il n’y a pas de référence directe à l’éducation ni même au développement initiatique des enfants des Palmares. Nous ne savons rien de leurs jeux, de leurs jouets ou de toute autre forme d’apprentissage ludique dont ils pouvaient bénéficier. Nous savons seulement qu’ils été tenus éloignés autant que faire ce peu des zones de combats et qu’ils avaient un avantage extraordinaire sur les enfants des colonies: ils étaient libres.
____________________________
60 CARNEIRO, Edison, “La nationalisation du nègre” in: Aspect de la formation et de l’évolution du Brésil, Rio de Janeiro, 1953, p. 167.
61 Il y a dans cette idée de nombreuses indications dans l’œuvre classique du Père Cadornega, déjà citée.
62 ANTONIL, André João. Culture et Opulence du Brésil. Belo Horizonte: Ed. Itatiaia; São Paulo: Ed. de l’Université de São Paulo, 1982, p. 106.

43 Mémorial aux Palmares
Une terre abrupte

 

 

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